Wow! Ça fait déjà plus d’un mois que
je vous ai fait signe de vie, le temps passe réellement à la vitesse de l’éclair…
mais ça me fait bien des choses à vous raconter.
Je reviens présentement d’un petit voyage de 11 jours en Côte-d’Ivoire. J’ai pris une semaine ++ de congé (stage bénévole au rythme africain, les congés ne sont pas trop difficiles à négocier) pour aller assister au baptême du neveu de Karim et profiter de l’occasion pour rencontrer toute la grande belle-famille. Mais le concept de famille étant assez large et la famille de Karim très grande et complexe, je dois vous avouer qu’il m’est difficile de tisser des liens avec tout le monde. Mais j’ai quand même réussi à faire bonne impression, selon les dires de Karim. Mes quelques mots de dioulla et mon énergie ont apparemment réussi à charmer la famille et à accepter la toubabou (blanche) comme « belle-sœur » (pour tous les amis, frères, sœurs, cousins, etc.), comme « belle-fille » (pour tous les oncles, tantes, grands-parents, etc.) ou comme « rivale » même (terme utilisé normalement pour les co-épouses d’un mariage polygame, mais souvent en plaisanterie par les femmes des frères et cousins de Karim qui s’amusent à le considérer comme leur mari aussi et donc moi, comme leur rivale!). Dans la petite ville d’enfance de Karim, Agnibilékrou, presque tout le monde étant ami ou membre de la famille, je deviens donc la « belle » ou la « rivale » d’à peu près tout le monde… haha!
Mis à part mon statut civil, beaucoup de découvertes, de plaisirs et de bons souvenirs en Côte-d’Ivoire. J’ai mangé de délicieux fruits de mer, plutôt rares et moins recommandés au Burkina vue la distance avec la côte, plonger dans la mer, manger de l’attiéké à l’infini (un de mes plats africains préférés et spécialité de la Côte-d’Ivoire… c’est une genre de semoule à base d’une plante tubercule, le manioc), goûté la bière Drogba (une grosse bière de un litre à 1,5$!!!), vu des quartiers de Abidjan où je me sentais presque à Montréal par rapport aux bâtiments, routes, voitures, gazon, centre commercial, hôtels, terrain de golf et de miniput, etc. Bon évidemment, pour se sentir à Montréal, il faudrait idéalement se faire une image statique et ignorer le bruit des klaxons incessants et les voitures qui conduisent n’importe comment selon la loi du plus gros en dépassant dans la voie inverse et coupant le trafic n’importe comment! Mais malgré les allures de grande métropole d’Abidjan, il ne suffit que de sortir un peu de la ville pour sentir les conséquences de la centralisation du pouvoir. Les routes sont dans un état catastrophique! Ça nous a pris 2h pour faire un trajet de 56km. Il y a tellement de trous dans la route goudronnée qu’il vaudrait nettement mieux une route de terre. Les autobus doivent zigzaguer à en donner la nausée, les suspensions non existantes font en sorte que chaque secousse veut tuer le dos et les fesses, bref l’état de la route nous a valu une pause mécano de près de 3h à ajouter à nos 2h de route. Donc 5h pour 56km, alleluia! Promesse à moi-même : ne plus jamais me plaindre de l’état des routes du Burkina! Mais les efforts de décentralisation du gouvernement actuel sont en train d’amener tous les bâtiments de l’état à déménager d’Abidjan (capitale économique) vers Yamsoukro (capitale politique).
La Côte d’Ivoire sinon, c’est un pays qui se remet d’une crise qui a divisé le pays. Divisé de manière absurde en fonction de la religion ou de l’ethnie pour justifier les interventions politiques. Un pays où personne ne souhaite parler de politiques en public car la volonté de laisser tous les conflits derrière est très grande. Je n’ai franchement pas ressenti beaucoup les conséquences de la crise, preuve que les temps changent. Mais c’est assez fou de constater à quel point les gens ont souffert de cette crise. Tous les gens que j’ai rencontrés à Abidjan, s’ils n’ont pas fui vers une zone plus calme pendant le moment fort de la crise, c’est qu’ils ont combattu pour l’un ou l’autre des 2 camps, peu importe s’ils étaient formés ou non… Ce sont donc des couturiers, des cordonniers, des chauffeurs de taxi, qui se sont retrouvés, du jour au lendemain, comme rebelles armés! Bon je sais que c’est la réalité et que c’est ce qui se passe dans tous les pays en proie à la guerre civile, mais ça fait quelque chose de le ressentir réellement, de se rendre compte que certains proches de Karim et sa famille ont vécu tout ça...
Donc voilà, c’est le cœur gros que l’on quitte la Côte-d’Ivoire. Ça représentait tellement pour Karim de retourner dans sa ville natale et de retrouver les gens et les endroits qui ont marqué son enfance. Depuis 10 ans qu’il est parti, il n’y était retourné que pour l’hospitalisation de son père il y a quelques mois et avait été trop occupé pour prendre le temps de vivre l’émotion que ça représentait pour lui. Donc on a vécu ça ensemble et vous me connaissez assez pour en déduire que le voir ressentir toute cette émotion m’a fait verser quelques larmes. Les bénédictions de son vieux père et de tous les membres de la famille lorsqu’on a quitté m’ont aussi fait pleurer à chaude larme. Haha!
Maintenant en route vers le Burkina… je vous écris ces lignes depuis le train, légendaire ligne Abidjan-Ouagadougou. On fait du 5km/heure, assis sur des banquettes de plastique, mais c’est sécuritaire pour la zone frontalière et ça ne brasse pas autant que les routes ivoiriennes non entretenues! Il faut se forcer à voir le positif de tout ça pour pouvoir supporter les 24 heures de trajet. Au matin on va arriver à Banfora et être ben contents de pas devoir se taper une autre journée de train encore jusqu’à Ouaga.
Donc mis à part la Côte-d’Ivoire, beaucoup s’est passé depuis mes dernières nouvelles. Mon stage avance et est de plus en plus concret. En plus de la cartographie et du travail terrain, j’ajoute dans mon sac à outils le traitement de données des enquêtes qui ont été menées auprès de tous les agriculteurs du bassin versant. Je devrais être en mesure de calculer les besoins en eau pour l’irrigation. Évidemment c’est une estimation mais des enquêtes seront menées 2 fois par année jusqu’à la fin du projet pour préciser les données obtenues. On va également commencer à faire du jaugeage pour essayer d’établir une relation entre la hauteur d’eau mesuré par nos échelles et le débit de la rivière. J’aurai donc beaucoup de travail pour le prochain mois car mon superviseur de stage quitte à la mi-juillet pour ses vacances en Belgique et tout le travail terrain doit être fait d’ici là.
Parallèlement au stage, la vie suit son cours. Banfora est toujours aussi charmante, ses cascades aussi rafraîchissantes et les fruits et légumes aussi bon marché et savoureux. Je me gâte des salades de fruits ou d’avocats de la muerte. Karim se fait connaître petit à petit à Banfora, il a participé à 2 émissions de radio pour faire la promotion de son album et il a fait un petit concert avec d’autres artistes de Ouagadougou. On est aussi allé faire une semaine à Ouaga pour accueillir l’accompagnatrice du groupe Québec sans frontières du Comité de Solidartié/Trois-Rivières, celle qui joue le même rôle que moi l’année dernière. Ce fut du tourisme et de la logistique 101 intense pendant 4 jours mais ça nous a aussi permis de petites vacances à Ouaga, sous la chaleur terrible qui ne me semblait pas avoir diminué malgré le timide début de la saison des pluies. Les cascades de Banfora m’ont bien manquées en tout cas.
Les projets pour le prochain mois sont d’avancer le stage, aller commencer la reconstruction de la maison de mon ami à Toussiana avec les 450$ que j’ai ramassés grâce à vous (vous pouvez suivre l’avancement des travaux sur le blog toussiana4419.blogspot.com) bien fêter la st-jean avec les collègues d’Oxfam, aller à Ouaga pour manger sur le bras de Harper chez l’ambassadeur pour la fête du Canada et planifier un petit séjour au Togo si le temps me le permet. Comme mon VISA de l’entente que j’ai pris pour la Côte d’Ivoire me donne aussi un VISA pour le Togo, ce serait fou de ne pas en profiter, surtout que mon ancienne famille d’accueil me met un peu de pression. Donc en espérant pouvoir vous raconter ces exploits accomplis dans un prochain email, je vous laisse sur ce. J’oublie sans doute certaines histoires croustillantes mais hésitez surtout pas à m’écrire pour plus de détails. Vous pouvez même m’appeler si le cœur vous en dit : 00 226 65650992.
Gros bisous et bonne St-Jean-Baptiste, fête du Canada ou début de l’été selon vos allégeances!